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Face à la tension sur le recrutement infirmier, l’apprentissage s’impose comme un levier stratégique pour les établissements du secteur. Pour l’illustrer concrètement, nous avons réuni trois regards complémentaires autour d’un même parcours : Alizée, infirmière en alternance, Christophe Decottignies, cadre de santé et maître d’apprentissage à la Clinique Saint-Roch de Roncq, et Stéphanie Delattre, formatrice à Croix-Rouge Compétence. Leurs témoignages croisés dessinent une conviction partagée : accueillir un alternant, c’est former un futur professionnel aux valeurs de sa structure, tout en sécurisant ses recrutements de demain.
L'alternance, une réponse concrète au défi du recrutement infirmier
Pour un établissement adhérent, accueillir un apprenti infirmier, c'est bien plus qu'ouvrir une voie de formation : c'est former durablement un professionnel opérationnel, qui connaît déjà ses patients, son service et sa culture de soins.
Reste la question que se posent encore beaucoup de directions et de cadres : l'apprentissage en vaut-il vraiment l'investissement ?
Pour y répondre autrement que par des chiffres, nous avons donné la parole à celles et ceux qui le vivent au quotidien.
Le regard de l’alternante : Alizée, infirmière en 2e année
Commençons par celle dont tout le parcours dépend. Alizée est étudiante infirmière en deuxième année à Croix-Rouge Compétence, sur le site de Tourcoing, et réalise son alternance à la Clinique Saint-Roch de Roncq. Son témoignage montre concrètement ce que l’alternance apporte à un futur soignant et, par conséquent, la maturité que l’établissement d’accueil verra grandir chez son apprenti.
Un métier au service de la prise en charge globale du patient
En quoi consiste le métier d’infirmier au sein d’une clinique ?
Alizée : Le métier d’infirmier au sein d’une clinique consiste à prendre en charge les patients dans leur globalité : effectuer les soins de confort et de bien-être, administrer les prescriptions, collaborer avec les différents professionnels, médecins, aides-soignants, assistants hospitaliers, et assurer leur bien-être et leur confort pour que le patient soit pris en charge dans sa globalité.
Le choix de l’apprentissage : une montée en compétences visible
Pourquoi avoir choisi l’apprentissage plutôt qu’un parcours classique ?
Alizée : Lorsque j’ai appris qu’on pouvait réaliser un apprentissage, je me suis dit que ça pouvait être une super opportunité. L’apprentissage permet d’enrichir ses expériences, d’être plus à l’aise, c’est vraiment enrichissant au quotidien. J’ai vu une grande différence entre ma première et ma deuxième année, lorsque j’ai effectué mon apprentissage au sein de la Clinique Saint-Roch et que j’ai été accompagnée. J’ai pu apprendre une grande diversité de choses.
Pourquoi avoir choisi Croix-Rouge Compétence ?
Alizée : J’en avais entendu beaucoup de bien : c’est une école réputée. On peut y mener beaucoup d’actions de bénévolat, il existe aussi des dispositifs comme Erasmus, des stages internationaux, et la proximité comme l’accompagnement des formateurs qui sont vraiment très bien réputés.
Comment as-tu trouvé ton contrat d’apprentissage ?
Alizée : Grâce à un kinésithérapeute que je connaissais. J’ai ensuite passé un entretien auprès d’un cadre de la Clinique Saint-Roch, et j’ai été acceptée.
Un accompagnement de bout en bout, du terrain à l’administratif
Comment se passe l’alternance entre les périodes de cours et l’employeur ?
Alizée : L’alternance se passe très bien. Je réalise la plupart de mes stages au sein de la Clinique Saint-Roch et, pendant les vacances, je travaille comme aide-soignante dans la structure, où je retrouve mes collègues. Je suis accompagnée du début jusqu’à la fin.
Qu’est-ce que l’apprentissage t’apporte concrètement ?
Alizée : L’apprentissage m’a apporté de l’expérience. Avant, je n’étais pas du tout à l’aise ; maintenant, lorsque je viens à Saint-Roch, je connais le rythme de mes journées, comment agir. J’ai vraiment vu une évolution dans ma propre formation grâce à cette alternance.
Quelle compétence acquise à Croix-Rouge Compétence t’est la plus utile sur le terrain ?
Alizée : La bienfaisance et la bientraitance. Même si ce sont des choses innées, la formation m’a permis de les mettre en pratique, puis de les réaliser à mon tour.
Un moment marquant : la gestion d’une urgence
Peux-tu partager un moment marquant depuis que tu es en apprentissage ?
Alizée : Le moment le plus marquant, c’est lorsque je suis arrivée en service et que j’ai pu assister à une situation d’urgence auprès d’une patiente. C’était à la fois stressant et enrichissant. On se rend compte qu’on ne sait jamais vraiment ce qui se passe derrière la chambre d’un patient. C’est là qu’on comprend l’importance des trois réflexes essentiels : alerter, sécuriser et prendre soin du patient dans sa globalité.
Motivation et projection : un métier « utile », un avenir à Saint-Roch
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce métier aujourd’hui ?
Alizée : Le fait d’avoir vraiment l’impression d’être utile et de pouvoir, entre guillemets, sauver des vies au quotidien.
Comment te projettes-tu après l’obtention de ton diplôme ?
Alizée : J’aimerais d’abord réaliser un voyage humanitaire, puis travailler au sein de la Clinique Saint-Roch, car c’est la clinique où je me sens la plus à l’aise.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui hésite à se lancer en apprentissage ?
Alizée : Tout simplement de le faire. Ça permet d’avoir une meilleure expérience. Sans l’apprentissage, je n’aurais pas été aussi à l’aise que je le suis aujourd’hui. Parfois, j’ai l’impression d’être une professionnelle alors que je ne le suis pas encore : c’est l’une des meilleures choses que j’aie pu faire.
Le regard de l’employeur : Christophe, cadre de santé et maître d’apprentissage
Christophe Decottignies est responsable d’unité de soins à la Clinique Saint-Roch de Roncq. Son témoignage incarne le retour sur investissement concret d’une structure qui a fait le choix de l’apprentissage.
Franchir le pas : construire un parcours d’intégration sur le long terme
La Clinique Saint-Roch a décidé d'ouvrir un contrat d'apprentissage infirmier. Qu’est-ce qui vous a convaincu d’ouvrir un contrat d’apprentissage infirmier ?
Christophe : C’était l’occasion d’accueillir Alizée et de construire un parcours d’intégration sur le long terme avec elle. Contrairement aux stages classiques, un peu limités dans le temps, l’apprentissage permet vraiment de stabiliser l’apprenti dans l’écosystème de la clinique. Pour l’établissement, c’était aussi l’occasion de fidéliser une étudiante à la fin de son parcours.
Le rôle du maître d’apprentissage : facilitateur et repère
Quel est votre rôle dans l’accompagnement d’un alternant ?
Christophe : Au quotidien, mon rôle vis-à-vis d’Alizée, c’est surtout un rôle de facilitateur et de repère. Ce n’est pas uniquement d’évaluer ses compétences techniques : c’est de l’accompagner au quotidien, de la faire progresser sur le long terme et de faire en sorte qu’elle soit autonome le plus rapidement possible pour gérer tout un secteur de soins.
Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur votre propre façon d’encadrer ?
Christophe : Quand vous êtes manager, vous devez jongler avec trois casquettes : celle de leader, celle de commandant et celle de coach. Cette expérience a vraiment renforcé ma posture de manager-coach.
Les bénéfices : maturité, continuité des soins et fidélisation
Quels sont, selon vous, les principaux avantages de l’alternance ?
Christophe : Pour l’étudiante, c’est une immersion totale dans le service, la possibilité de développer une véritable maturité professionnelle. Pour l’équipe, c’est la continuité des soins : avoir une alternante au quotidien, c’est quelqu’un qui connaît nos patients, notre service, notre équipe, notre manière de fonctionner. Ça fluidifie considérablement le quotidien. Et pour l’institution, ça reste un excellent outil pour fidéliser les talents.
Face à la tension sur le recrutement : un outil stratégique
En quoi l’apprentissage change-t-il la donne dans un contexte de tension sur le recrutement infirmier ?
Christophe : L’apprentissage reste un outil stratégique majeur : il nous permet de devancer le marché du recrutement en créant un vivier de professionnels directement opérationnels à la fin de leur cursus. Alizée aura une parfaite maîtrise de l’environnement de la clinique à la fin de son parcours, ce qui nous évitera cette longue période de doublage.
« Est-ce que ça vaut le coup ? »
Si un directeur ou un cadre vous appelle demain pour savoir si ça vaut le coup, que lui dites-vous ?
Christophe : Foncez. C’est un investissement gagnant-gagnant. Cela demande un engagement pédagogique dès le départ, mais le retour sur investissement est immédiat.
Quel conseil donneriez-vous à un futur alternant ?
Christophe : Cultiver sa curiosité et sa double posture : l’apprenti est apprenant à l’école et professionnel sur le terrain. C’est l’occasion rêvée de poser un maximum de questions, d’approfondir son raisonnement clinique et de prendre des initiatives mesurées.
Le regard du CFA : Stéphanie Delattre, formatrice à Croix-Rouge Compétence
Reste un maillon décisif, souvent méconnu des employeurs : le centre de formation d’apprentis. Stéphanie Delattre, formatrice à Croix-Rouge Compétence de Tourcoing, explique comment le CFA sécurise le parcours et allège la charge de l’établissement, en assurant la coordination entre l’apprentie, l’employeur et l’organisme de formation.
Un rôle de coordination entre l’IFSI, l’employeur et l’étudiant
Comment le CFA accompagne-t-il l’articulation entre progression académique et expériences en clinique ?
Stéphanie : Le CFA joue un rôle de coordination entre l’IFSI, l’employeur et l’étudiant. Un outil partagé entre les trois parties permet de suivre la montée en compétences de l’étudiant.
Quel est votre rôle en tant que référente pédagogique ?
Stéphanie : Assurer un suivi individualisé tout au long du parcours. J’accompagne l’apprenante sur ses trois années de formation et je veille au bon déroulement des stages, sachant que l’étudiant doit réaliser la plupart de ses stages chez l’employeur.
Le maître d’apprentissage, acteur essentiel de la réussite
Qu’est-ce que la présence d’un maître d’apprentissage change dans la réussite du parcours ?
Stéphanie : Le maître d’apprentissage est un acteur essentiel. Il accueille l’étudiant, le guide et l’accompagne dans son intégration professionnelle. Grâce à son expérience, il aide à donner du sens à l’apprentissage, favorise l’acquisition progressive de l’autonomie et apporte un retour régulier sur les pratiques. Sa présence sécurise l’apprenti et l’aide à développer ses compétences.
Les compétences que l’alternance développe plus vite
Quelles compétences une apprentie IDE développe-t-elle plus vite qu’en formation initiale classique ?
Stéphanie : L’alternance favorise particulièrement l’autonomie professionnelle, l’organisation et la gestion des priorités, la communication avec les patients, les familles et les équipes, le raisonnement clinique, l’adaptation à la réalité du terrain et le travail en équipe pluridisciplinaire.
« Trop de charge ? »
Que diriez-vous aux établissements qui hésitent par crainte de la charge ?
Stéphanie : L’accueil d’un apprenti représente effectivement un investissement au départ, notamment en temps d’accompagnement. Mais cet investissement est rapidement valorisé par l’implication de l’apprenti, son intégration progressive dans les équipes, et la possibilité de former un futur professionnel aux pratiques et aux valeurs de l’établissement.
Quels sont les principaux avantages de l’alternance ?
Stéphanie : Le principal avantage est la combinaison permanente entre théorie et pratique.
Quel conseil donneriez-vous à un futur alternant ?
Stéphanie : Être curieux, impliqué et acteur de sa formation : ne pas hésiter à poser des questions, à solliciter les professionnels, à prendre du recul sur les situations rencontrées. L’alternance est exigeante mais extrêmement enrichissante : elle développe la confiance, les compétences et l’identité professionnelle.
Ce qu’il faut retenir pour votre établissement
Trois voix, une même conviction. Là où Alizée décrit une montée en compétences et un attachement durable à sa structure, Christophe y voit un vivier de professionnels opérationnels et un levier de fidélisation, tandis que Stéphanie rappelle que le CFA porte une large part de l’accompagnement aux côtés de l’employeur.
Le message est clair : l’investissement de départ est réel, mais encadré, partagé et rapidement rentabilisé.
En synthèse accueillir un alternant infirmier c’est :
- Anticiper vos recrutements en formant un professionnel déjà intégré à votre culture de soin ;
- Fidéliser un talent qui connaît vos patients, vos équipes et votre fonctionnement dès l’obtention du diplôme ;
- Fluidifier la continuité des soins et faire grandir vos encadrants dans une posture de manager-coach ;
- Bénéficier d’un accompagnement partagé avec le CFA, qui sécurise le parcours et allège la charge.
Découvrez l’interview en vidéo
Retrouvez l’intégralité l'interview avec Alizée, Christophe et Stéphanie en vidéo sur notre chaîne YouTube.
- Le 08 septembre 2026 Lire l'article
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