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Adoptée en 2025, la réforme du métier d’infirmier marque une avancée majeure en reconnaissant pleinement son rôle clinique, son autonomie et sa place centrale dans l’organisation et la coordination des soins.
Une réforme pour accompagner des pratiques qui évoluent
Depuis 2025, un travail de fond est mené pour faire évoluer la profession infirmière. Il a abouti à la publication du décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025, qui précise les activités et les compétences de l’infirmier diplômé d’État, notamment en matière de consultation et de diagnostic infirmier.
Très attendu, ce texte constitue une avancée importante. Il reconnaît officiellement les compétences, les missions et l’autonomie des 600 000 infirmières et infirmiers exerçant en France.
L’objectif est d’accompagner une profession dont les pratiques ont évolué et qui assume déjà davantage de responsabilités. La réforme facilite la délégation de certaines tâches afin de répondre aux tensions du système de santé.
Qui est concerné par ces changements ?
La réforme concerne les infirmiers diplômés d’État, les infirmiers anesthésistes et les infirmiers de pratique avancée, dont l’exercice repose sur un socle commun de compétences.
Les instituts de formation en soins infirmiers sont également directement concernés, les enseignements devant être adaptés pour intégrer ces évolutions.
Ce que dit la loi
Un rôle d’infirmier coordinateur mieux encadré
Même si le décret général de la réforme n’est pas encore publié, un premier texte est paru le 6 septembre 2025. Il précise les missions et les conditions d’exercice de l’infirmier coordonnateur, uniquement en EHPAD.
Ce texte reconnaît l’évolution du rôle infirmier. Avec le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques et des parcours de soins plus complexes, la coordination est devenue indispensable. Les infirmiers occupent désormais une place centrale dans l’organisation des soins.
Les objectifs sont clairs :
- donner un cadre juridique à la fonction
- reconnaître officiellement un rôle déjà exercé sur le terrain
- harmoniser les pratiques en clarifiant les compétences et les responsabilités
Un décret viendra préciser les conditions d’exercice et les qualifications requises pour cette fonction.
La loi n° 2025 581 du 27 juin 2025 prévoit l’ouverture d’une négociation sur la rémunération des infirmiers.
Une négociation sur la rémunération prévue par la loi
Cette négociation doit prendre en compte l’évolution des compétences liée à la réforme, la pénibilité du métier ainsi que les différents lieux d’exercice, à l’hôpital, en ville ou à domicile.
Les discussions entre les représentants des infirmiers libéraux et l’Assurance maladie ont commencé dès juillet 2025. Dans les établissements privés, les échanges avec les partenaires sociaux doivent encore être engagés.
Ce que dit le décret de décembre 2025
Avant la réforme, l’infirmier était principalement défini par les actes réalisés sur prescription ou dans le cadre de son rôle propre. Désormais, le décret le définit par ses missions cliniques. Il ne s’agit plus seulement d’énumérer des actes, mais de reconnaître une fonction clinique à part entière.
L’infirmier est reconnu comme :
- un professionnel clinique autonome
- capable de diagnostiquer dans son champ de compétences
- habilité à consulter
- autorisé à prescrire certains actes et produits
- en capacité de coordonner les parcours
- pleinement impliqué dans les soins de premier recours
Ce qui change concrètement
L’infirmier pourra prescrire certains produits de santé et examens complémentaires. La liste précise sera définie par arrêté à venir. Le décret confirme également la possibilité de prescrire sans prescription médicale préalable, dans des conditions fixées par arrêté.
En revanche, plusieurs éléments restent à préciser :
- la liste détaillée des produits et examens prescrivables
- les modalités exactes de formation complémentaire
- les conditions de rémunération et de reconnaissance financière
Une reconnaissance officielle du diagnostic et de la consultation infirmière
Le décret affirme clairement que l’infirmier peut élaborer des diagnostics infirmiers, définis comme l’identification des besoins de santé relevant de son champ de compétences.
Elle comprend :
- un entretien clinique
- le recueil et l’analyse des données
- la définition d’objectifs de soins
- la mise en œuvre et l’adaptation des soins
- la prescription infirmière dans une liste définie par arrêté
- la coordination avec les autres professionnels
Une place renforcée dans les soins de premier recours
Le texte reconnaît explicitement que l’infirmier :
- participe aux soins de premier recours
- oriente les patients dans leur parcours de santé
- coordonne les interventions
- contribue au projet personnalisé de soins et de vie
Les soins de premier recours comprennent la prévention, le dépistage, le diagnostic, le traitement, le suivi des patients et l’orientation dans le système de soins.
Une délégation d’actes juridiquement sécurisée
Le décret clarifie et sécurise la délégation d’actes. L’infirmier peut désormais confier, sous sa responsabilité, certains actes et soins à des aides soignants, des auxiliaires de puériculture ou des accompagnants éducatifs et sociaux.
Il lui revient :
- d’évaluer la situation clinique
- de décider des actes délégués
- d’encadrer les professionnels concernés
Le texte reconnaît également que certains soins courants de la vie quotidienne peuvent être réalisés hors de la présence de l’infirmier, lorsque l’état de santé du patient est stabilisé.
Un élargissement des activités et des compétences
Enfin, le décret fait passer le nombre d’activités et de compétences reconnues de cinq à onze.
Au-delà des ajustements techniques, cette réforme consacre une évolution déjà à l’œuvre dans les pratiques. Elle pose les bases d’une reconnaissance accrue du rôle clinique, organisationnel et stratégique des infirmiers dans le système de santé.