Retour sur notre étude sur l'apprentissage dans le secteur sanitaire, social et médico-social

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  • 03 mars 2026

L’apprentissage est devenu un levier clé pour répondre aux tensions de recrutement dans le secteur sanitaire, social et médico social. Alors que la dynamique s’essouffle, l’étude menée en 2024-2025 par l'Observatoire de l'OPCO Santé éclaire les fragilités du dispositif et appuie la branche dans la préservation de son avenir.

Le secteur sanitaire, social et médico-social à but non lucratif a connu depuis 2020 un essor notable de l’apprentissage. Cette progression s’est imposée comme une réponse clé aux difficultés de recrutement persistantes et aux tensions sur les effectifs. Mais derrière cette dynamique encourageante se dessine un modèle encore fragile, très dépendant des politiques publiques et marqué par des évolutions Concernant les profils des apprentis et les pratiques pédagogiques et d’accompagnement.

Une progression réelle mais désormais en repli

Entre 2020 et 2021, le secteur enregistre une croissance de +41 % des contrats d’alternance. Cette progression traduit l’intérêt croissant des employeurs pour un dispositif permettant à la fois la montée en compétences, la fidélisation et la stabilisation des équipes.
Cependant après cette phase d’expansion, les volumes se stabilisent puis s’infléchissent. Selon les données disponibles, septembre 2025 marque une baisse de 10 % des contrats par rapport à 2024, conséquence directe d’une diminution des aides à l’embauche et des révisions des niveaux de prise en charge.

Cette réalité met en évidence un système extrêmement sensible aux variations de politiques publiques alors que 79 % des structures considèrent les aides comme déterminantes dans leur capacité à recruter un apprenti. La dynamique engagée ne pourra donc être préservée sans une attention particulière portée à la soutenabilité économique du dispositif.

Des apprentis aux profils en pleine mutation

Le profil des apprentis a profondément évolué ces dernières années. L’apprentissage attire désormais davantage de personnes en reconversion, plus âgées, parfois déjà expérimentées. Ce public contribue à la qualité des parcours : le taux de rupture dans la branche est estimé à 12 %, contre 36 % au niveau national (tous secteurs confondus).

Mais cette évolution s’accompagne d’une montée notable des fragilités sociales : difficultés de logement, de mobilité, problèmes de santé, complexité administrative. Ces situations, largement relevées par les CFA et les employeurs, imposent un accompagnement global renforcé, bien au‑delà du suivi pédagogique strict.

Les acteurs expriment également un besoin de clarification des rôles entre CFA, employeurs et services sociaux : l’accompagnement devient un enjeu institutionnel autant qu’un enjeu éducatif.

Une tension croissante entre voie scolaire et voie apprentissage

La progression de l’apprentissage ne peut être analysée sans considérer son impact sur la voie scolaire. Dans certains territoires et pour certains diplômes notamment dans le travail social ou le DE infirmier, l’alternance progresse tandis que les effectifs scolaires stagnent ou diminuent.

Ce phénomène s’explique autant par les arbitrages des organismes de formation que par les régulations des politiques publiques, notamment régionales, parfois très strictes sur les capacités d’accueil.
Cette concurrence implicite entre voies de formation questionne la cohérence et la pérennité de l’offre globale, et appelle à un dialogue renforcé avec les acteurs publics préserver un modèle équilibré.

Ce qu’il faut retenir

L’apprentissage demeure un levier décisif pour répondre aux besoins en recrutement du secteur et attirer de nouveaux profils vers les métiers du soin, de l’accompagnement et du social.
Mais cette dynamique n’a rien d’acquis : fragilité du modèle économique, évolution des publics, tensions entre voies de formation et capacités d’accueil hétérogènes forment un paysage complexe.

Chaque acteur de l’alternance a un rôle stratégique à jouer pour permettre à l’apprentissage de continuer à être un moteur essentiel au renouvellement des professionnels et à la qualité des parcours.